Nicole Jacob tire sa révérence. Depuis 1968, sa boutique de vêtements pour enfants « Benjamin » est une institution de Bandol. Retour sur une aventure humaine et commerciale hors du commun.
C’est une histoire qui commence sur l’eau.

Parisienne de naissance, Nicole passe ses vacances à Bandol dans les années soixante avec son mari, industriel à Pontault-Combault. Ils ont un bateau au port, et l’envie d’une autre vie. Après cinq ans à parcourir les mers, le couple rentre à terre et s’installe dans une maison de location à Bandol — celle-là même où Nicole vit
encore aujourd’hui.
Nous sommes en mai 1968. La France s’embrase, mais Nicole, elle, décide d’ouvrir une boutique de vêtements pour enfants rue des Écoles. « À l’époque, il n’y avait pas de commerce sur le port, que des maisons, » se souvient-elle. « Et aucune
boutique de vêtements pour enfants dans toute la ville. Moi même j’avais du mal à trouver des vêtements pour mon fils qui venait de naitre ».
Le succès est immédiat.
La boutique déménage près du port
Dix ans rue des Écoles, puis le quartier du port commence à se développer. Nicole suit le mouvement et déménage rue Marçon, où elle restera quarante ans. Enfin, c’est rue de la République qu’elle pose ses derniers cartons, jusqu’à ce printemps 2026 où elle tourne la page.
Au fil des décennies, sa clientèle s’est fidélisée jusqu’à former une véritable saga familiale. « J’ai habillé des enfants, puis leurs enfants, » dit-elle avec un sourire dans la voix. « Ils viennent chez moi pour la qualité des articles et le contact humain.»
De « Lili Gaufrette » au made in Portugal
Nicole est aussi le témoin d’une mutation profonde de la mode enfantine. Elle commercialisait autrefois des marques françaises aujourd’hui disparues — « Lili Gaufrette », « Éliane et Léa » — fabriquées dans les usines du Nord de la France. Ces usines ont fermé, et avec elles, tout un pan de la confection française.
« Maintenant, tout est fabriqué en Chine, » constate-t-elle sans amertume, mais avec lucidité. Elle a choisi, pour résister, de mettre en avant des vêtements fabriqués en Europe, notamment au Portugal. « La qualité y est bonne, et c’est important pour mes clients. »
Internet, la solitude, et la raison de tenir
L’arrivée du commerce en ligne a laissé des traces : Nicole estime que son chiffre d’affaires a chuté de 50 % depuis l’essor d’internet. Mais si elle continue à ouvrir sa boutique chaque matin, c’est pour une autre raison, plus intime.
« Depuis la mort de mon mari à 96 ans, avec qui j’ai été mariée 56 ans, je vis seule. Je viens ici pour le contact humain. » Ces mots, prononcés simplement, résument peut-être mieux que tout, la valeur irremplaçable du commerce de proximité : un lieu de vie autant qu’un lieu de vente.
Un dernier conseil, du fond du cœur
À ceux qui rêvent d’ouvrir une boutique à Bandol, Nicole a un message clair : « Je leur déconseille le textile. Ou alors, cibler du provençal, de l’identitaire local. Car après moi, il n’y aura plus cette offre. »