A défaut de carnavals et de défilés déguisés dans la rue cette année, on vous propose de faire un petit voyage dans la tradition provençale du Caramantran

Qu'est-ce que (le) Caramentran? Tout comme le carnaval, à qui il est associé, ce nom provençal date de la nuit des temps. Il y a plusieurs orthographes, en fonction des variétés de provençal, l’origine du nom est carême-entrant, carême-prenant (entrer en carême).
On peut trouver, par exemple, Carmentran, Caramantran, Quaresmentrant, Carementrant... Autrefois, Caramentran désignait les trois jours gras (dimanche, lundi, mardi) qui précèdent le mercredi des Cendres qui marque l’entrée en carême. Ces jours gras étaient là pour exorciser la pauvreté alimentaire ( le moment où les provisions d’hiver s'épuisent ) et se préparer à l'agonie de la mauvaise saison.
Puis Caramentran s’est appliqué à sa représentation symbolique qu’est le mannequin personnifiant le Carnaval que partout l’on promène dans les rues, le mercredi des Cendres, et que l’on brûle ensuite sur la place publique comme l’on brûlait en effigie les personnages condamnés par la vindicte populaire. En Provence, selon les régions, il se nomme Carmentran, Caramentran mais aussi Carnava ou encore paillasse, c’est-à-dire, l’homme de paille. Ce qui souligne bien son rôle de bouc émissaire. Dans le parler populaire provençal, traiter quelqu'un de caramentran, c'est se moquer de ses oripeaux aux couleurs mal assorties : « T'as vu comme tu t'habilles ? On dirait un caramentran! »

Le caramentran, un bouc émissaire....
A travers lui, c’est l’hiver qu’on juge. Il est accusé de tous les maux : épidémie, mauvaises récoltes, gel, sécheresse... Il s’agit de coutumes ancrées dans la société agricole, la paysannerie ancestrale, qui attend le printemps avec les prochaines récoltes. Aujourd’hui, Caramentran porte tous les péchés de la communauté et on rejette sur lui tous les malheurs de l’année écoulée. On érige donc sur la place le mannequin bariolé que l’on a fabriqué pendant la période de carnaval et pour clôturer le défilé, la foule déguisée lui fait un procès. Il est jugé par un tribunal populaire composé des habitants et des représentants de tous les corps de métier.

«Attaché à son poteau, Caramentran est entouré par un cercle chahuteur et menaçant formé par la population qui, chacun.e, à son tour s’avance et témoigne contre l’homme de paille, l’accusant de tous les maux».  

La tradition provençale du Mercredi des Cendres......
C'est le jour qui clôture la période du carnaval.
Et pour finir en beauté le carnaval, on fait une dernière fois la fête, traditionnellement le mercredi des Cendres, lendemain de Mardi-Gras, cette année c'est le 17 février 2021.
C'est le début d'une période de jeûne et de privations de quarante jours avant Pâques. C’est pourquoi pour le Carnaval, ou Caramentran, on a le droit de faire les fous et de bien manger, histoire de se donner du courage. 

Si le mercredi est maigre, le repas collectif du mardi est gras, d’où « Mardi gras ». Ce jour est aussi un jour de collecte qu’on appelle aussi la quête des œufs, qui se nomme en Provence, l’acampado dis iou. On mange des beignets et des crêpes (comme celles de la chandeleur, qui sont, par leur forme et leur couleur, symbole de soleil retrouvé) pour utiliser les aliments "gras" (comme le beurre) qui vient de la nécessité d'épuiser toutes les provisions d'œufs et de gras qui ne pouvaient pas se conserver pendant les 40 jours du Carême. En revanche, le repas collectif du mercredi est maigre, en général c’est l’aïoli qui a la vedette. Après le « beurre d’ail » viennent les non moins traditionnelles oreillettes.